La ferme des perles de Tahiti
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Les pionniers de la perle
Tahiti et ses lagons
Paul Gauguin
   
   
   
 
     
  La ferme perlière: la perle de culture
Des bijoux perles de Tahiti dans tous leurs états !!
       
 
Le temps de la "nacre".
Visiter les fermes perlières.
Mise en place de la ferme perlière.
Collectage des jeunes huîtres.
La phase d'élevage des jeunes Pinctada margaritifera.
La préparation de Pinctada margaritifera.
Le moment décisif de la greffe.
Les greffeurs Japonais: maître de la greffe.
Processus de réalisation des perles de Tahiti.
   
       
  L'histoire des bijoux et de la perle se confond avec celle de l'humanité. En Chine, les perles font partie depuis longtemps des joyaux des empereurs des Dynasties MING et HAN. Symbole des pleurs en Orient, elle est symbole de richesse et de pouvoir.
En Grèce Antique, la perle est à l'origine d'Aphrodite car lors de sa conception par Zeus, plusieurs perles célestes tombèrent à la mer, entraînant la création de l'île de Cythère, où naquit Aphrodite, déesse de l'amour et de la beauté.
  Alors que dans les années1950-1960, du fait de la quasi disparition des huîtres perlières, la Polynésie ne produit plus annuellement que quelques perles fine , les Dieux seraient ils venu au secours des polynésiens ? On pourrait l'imaginer ! C'est, selon la légende, Oro le dieu de la paix et de la fertilité qui serait descendu sur terre et aurait offert en gage d'amour de magnifiques bijoux en perles de culture à une princesse de Bora Bora. Ces bijoux figuraient les écailles de chaque poisson du lagon.
   
     
       
       
     
  Le temps de la "nacre".    
       
 

Les tahitiens, Polynésiens et premiers Européens des îles des mers du Sud ont de tout temps utilisé la nacre des huîtres perlières. Elles avaient une valeur utilitaire, mais aussi une valeur ornementale et décorative. Ainsi les parures anciennes étaient ornées de grandes nacres polies, aux reflets intenses, qui ajoutaient à la majesté de celui qui les portait. Au cours de leur histoire, les nacres ont toujours intéressé l'homme non pas pour les perles qu'elles pouvaient renfermer, mais pour la beauté de leurs coquilles. On trouvait seulement une perle noire de Tahiti pour 15 000 nacres récoltées en moyenne.

 

La nacre s'imposait alors comme matière première des boutons de chemise, la marqueterie, les touches d'instruments de musique, etc... Au début du XIX ème siècle, on retrouve à Papeete dans les archives polynésiennes la trace d'une récolte organisée de la nacre par le bateau de commerce, le "Margaret", il assurait le transport des nacres entre les Gambier et l'Australie en 1802. La demande est croissante, le nombre de ces navires et de leurs rotations entre San Francisco, Valparaiso ou Sydney se multiplie au fil des décennies dans le plus parfait désordre, puisqu'il fallut attendre la fin du siècle pour que l'administration française décide de contrôler cette activité "désordonnée".

     
 

A cette époque, en échange d'un bout d'étoffe ou quelques peccadilles de la société moderne, couteau, fil de fer ou sac de riz, il était facile alors de se procurer auprès des populations polynésiennes des tonnes de coquilles. Cette activité de pure récolte, sans aucune gestion des stocks naturels, se prolongea jusqu'après la seconde guerre mondiale.

  Pourtant, dès 1870, la France réalisait une étude sur la nacre et la perle noire, tirait la sonnette d'alarme, en prévoyant que les lagons polynésiens finiraient par devenir des déserts.
A l'époque, c'est tout un folklore qui était né autour de ces campagnes de " plonge ". Les tahitiens descendaient parfois à plus de 40 m, lestés d'une gueuse de 8 kilos de plomb. Une paire de lunettes, un gant et un filet constituaient le seul équipement de ces aventuriers que guettaient, les requins mais aussi les accidents de plongée qui faisait perdre la raison. Avec des hauts et des bas dans la production comme dans les cours, ce que l'on appelait alors "la plonge" se poursuivit jusque dans les années soixante, même si l'invention du bouton en plastique, en 1957, entraîna le quasi disparition de cette activité.
     
       
     
  Visiter les fermes perlières.    
       
  Sur ce thème de cette quête passionnante ; Il n'est jamais facile de remonter la filière séparant la bijouterie de la perle de Tahiti originelle. Les amateurs de perles peuvent découvrir la mystérieuse élaboration de ces bijoux confortablement installés au bord du lagon. Aux Tuamotu, aux Iles sous le vent ou aux Gambier, la découverte des fermes et donc de la culture des perles noires de Tahiti, reste incontournables à partir, entre autre, des pensions de familles et des petites fermes de perles.   Autour de ces magnifiques bijoux, dans le " berceau " de la perle de Tahiti à Manihi, (500 Km de Tahiti), vous pouvez marier les plaisirs touristiques classiques d'un atoll paradisiaque et la découverte de la perle noire de Tahiti. C'est très certainement à Manihi que cette forme de découverte est la plus ancienne et le mieux organisé.
Immersion dans l'univers de la perle de Tahiti car beaucoup de fermes perlières accueillent en permanence les visiteurs. Les plus motivés pourront d'ailleurs partir pour des excursions subaquatiques sur les stations où semblent dormir des milliers de nacres dont les tissus secrètent dans le silence du lagon polynésien les précieuses perles noires de Tahiti. Spectacle étourdissant de la vie …
     
     
  Mise en place de la ferme perlière.    
       
  Installées sur les atolls très exposés aux cyclones destructeurs, les fermes de perles de culture semblent bien fragiles. A l'extrémité d'un pâté de corail, dans les courants dominants, l'eau des lagons procure aux nacres une alimentation idéale en plancton et sels minéraux indispensable à leur bon développement. La ferme des perles de Tahiti est posée sur ses pilotis, elle permet la surveillance des nacres ainsi que toutes les opérations liées à l'élevage, à la greffe et enfin à la récolte des perles de Tahiti.  
Aujourd'hui ces bijoux de grande qualité grandissent pendant plus de 4 années dans les eaux des lagons polynésiens, Bora bora, Tuamotu, Gambier. L'huître utilisée dans les fermes de perles de culture est la Pinctada Margaritifera, de son nom latin, variété Cuminghi.
     
     
  Collectage des jeunes huîtres.    
       
  Pinctada margaritifera, l'huître perlière dans laquelle grandissent les perles de Tahiti est une grande nacre, réputée pour la qualité de ses sécrétions nacrières, elle est aussi appelée nacre et fait partie des coquillages géants des mers chaudes, puisqu'un individu adulte atteint 30 cm de diamètre pour un poids de plus de 5 kg. Certains spécimens de cette nacre, parfois aussi surnommée "huître perlière à lèvres noires" peuvent même atteindre le poids considérable de 9 kg.
L'huître perlière se développe essentiellement dans les lagons, mais on trouve également des nacres au large du lagon. Aux Iles Marquises par exemple, où les îles ne sont pas protégées par le lagon, l'huître perlière prolifère naturellement en se fixant sur les rochers. Du fait de ces conditions de vie rustiques, elle produit peut de perle fine et ne grossit pas autant qu'elle peut le faire dans le calme des lagons.
  Les pionniers de l'aventure ont rapidement compris la nécessité de s'affranchir de la plonge, du prélèvement plus ou moins organisé, légiféré,des nacres adultes. De plus ces nacres sont souvent peu fiables en terme de réceptivité aux nucléus et l'approvisionnement permanent en nacres à greffer par ce biais là, reste aléatoire.
Le collectage consiste à capturer passivement du naissain de Pinctada margaritifera par fixation de celui-ci sur un collecteur. La technique consiste à poser une corde immergée à -3m maintenue au fond sur pinacles, ou par des corps morts, tendue par des bouées. Sur la longueur de la corde qui atteint en moyenne 100 à 200 mètres, on installe les collecteurs aux fibres naturelles ou synthétiques qui sont maintenus immergés par des bouées en surface.
       
 

Surprenant bijou de la nature, l'huître perlière change de sexe au cours de sa vie, mais aussi en cas de stress. Quand elle est femelle, la nacre pond toute l'année, avec deux "pics de ponte ". Il faut environ trois ans pour qu'une nacre, une huître perlière, soit en âge de se reproduire. Seule les dizaines de millions d'oeufs libérés par les huîtres perlières permettent d'assurer en milieu naturel la survie de l'espèce, les spermatozoïdes ne pouvant compter, pour féconder un oeuf, que sur le hasard de leur rencontre.

 

  Le site de pose des stations doit donc privilégier les zones où le stock naturel est important de sorte qu'on puisse augmenter les probabilités de fécondation. Les zones trop exposées aux courants comme à proximité des passes, de même que les zones trop abritées, peu profondes et stagnantes sont à proscrire. Le choix d'un site s'accompagne du choix de la date de pose des collecteurs. Selon le mode de reproduction de la Pinctada margaritifera, les périodes maximales de ponte interviennent lors des chocs thermiques. Les variations saisonnières en Avril Mai ou Novembre Décembre, sont d'excellents moments pour poser les collecteurs. Les pontes déclenchées, les naissains se fixent sur les collecteurs quinze à vingt jours plus tard. Les larves sont très souvent la proie des animaux se nourrissant de plancton.
       
  La technique meilleure d'immersion de la station consiste à faire un collectage de surface, entre 1,5 et 3 mètres, puis de laisser couler modérément la station sous le poids grandissant des nacres jusqu'à une profondeur maximale de 15 m. Ce procédé permet de protéger les jeunes huîtres, très vulnérables, des nombreux poissons prédateurs dont les balistes et poissons perroquets redoutés des producteurs de perles. Situés sur le fond et ensuite à 15 m, il faut les maintenir éloignées à la fois du fond et des remous de la surface qui peut provoquer des décrochements.
  Les jeunes huîtres sont détroquées lorsqu'elles font plus de 6 cm de diamètre, ce qui limite les différentes manipulations et ainsi diminue le taux de mortalité, huit à douze mois après la fécondation.
     
       
     
  La phase d'élevage
des jeunes Pinctada margaritifera.
   
       
  Les jeunes huîtres qui ont été relevées des collecteurs sont élevées pendant deux à trois ans, jusqu'à l'âge adulte avant la greffe. Cette phase d'élevage est pratiquée par l'ensemble des fermes perlières qui possèdent une maison de greffe car elle permet de mieux acclimater les huîtres à l'environnement qui suivra la greffe.
Les jeunes nacres de 5 à 6 cm sont placées dans des paniers ou des caisses grillagées jusqu'à ce qu'elles atteignent la taille de 8 cm. A cette taille, les huîtres sont percées et enfilées sur des chapelets de 10 à 20 nacres ou placées dans des paniers individuels jusqu'à la greffe.
Durant toute leur croissance, les jeunes huîtres perlières sont surveillées comme des bijoux et nettoyées régulièrement par des visites en plongée et en surface. Tous les deux mois, elles sont sorties pour être lavées et débarrassées des parasites, souvent avec de l'eau sous pression.

 
     
     
  La préparation de Pinctada margaritifera.    
       
  Les huîtres perlières arrivent à maturité vers 2 à 3 ans d'âge et au minimum 12 cm ; elles sont sorties de la station d'élevage, détachées de leurs chapelets et stockées près du local de greffe à proximité de l'élevage ou sur le littoral.
Les fermes installées sur pilotis permettent d'optimiser les déplacements des huîtres car, lorsque située trop près du rivage, la maison de greffe à de moins bon résultats car l'eau est bien souvent plus chaude et plus stagnante.
Avant la greffe, les huîtres sont à nouveau nettoyées, débarrassées des parasites qui les entourent. Le greffeur entrouvre, 1,5 cm, l'huître a l'aide d'un dilatateur et la cale pour qu'il puisse intervenir rapidement.

 
     
     
  Le moment décisif de la greffe.    
       
 

  Elle reste le moment "crucial " où toute la dextérité du greffeur prend son sens car environ 50 % des nacres greffées meurent ou, rejettent le greffon et 20 % d'entre elles produisent des perles de Tahiti de piètre qualité: invendables.
La greffe consiste à introduire un nucléus et un greffon à l'intérieur de l'organe sexuel, la gonade, d'une huître. Le nucléus est une petite perle de nacre fabriquée à partir de la coquille de bivalves d'eau douce provenant du Japon mais aussi du Mississipi ou du Yang-Tsê Kiang (Chine). Le greffon est un morceau du manteau interne d'une huître perlière saine.
     
  Le greffeur sélectionne des huîtres saines, il découpe des morceaux du manteau qui viendront générer la nacre des perles.
Ces petits segments, appelés greffons, sont placés dans les huîtres porteuses.
Ensuite, en fonction de la taille du spécimen, différentes tailles de nucléus sont proposées en fonction de la grosseur de l'huître. Le nucléus étant le support sur lequel viendront se fixer les couches de nacre, la structure et la surface de celui-ci, semblable à la couche nacrière, doit être la plus lisse possible pour augmenter les chances de produire une perle de Tahiti bien ronde.
     
       
  Le greffeur commence par sectionner la gonade de l'huître, afin de créer une cavité qui accueille le nucléus et le greffon. L'huître refermée est immédiatement déposée dans un bac, sa charnière vers le haut pour éviter que le nucléus glisse, sous l'effet de son poids, vers l'incision et se déloge. L'opération dure environ 2 minutes ; Les huîtres greffées sont alors disposées dans des pochettes individuelles de rétention afin de relever les éventuels rejets de nucléus.
     
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  Les greffeurs Japonais: maître de la greffe.    
       
 

Leur degré de technicité va faire d'eux des greffeurs quasi incontournables des Pinctada margaritifera, jusqu'aux années 1980. Encore aujourd'hui, ce sont parmi eux que les taux de rétention moyen du nucléus sont les plus élevés, autour de 65 % et parfois plus de 90 % par campagne pour les meilleurs.

  Le développement du secteur de la perle de Tahiti en Polynésie à partir des années 80-90 a très vite généré une pénurie de greffeurs qualifiés. Face à cette situation délicate, l'emploi de greffeurs chinois, dont le niveau de vie est moindre, permet de réaliser des économies sur les salaires, tout en bénéficiant d'un rendement de greffe plus élevé. Cette voie ne peut que se développer à l'avenir, étant donnée l'excellence des relations Chine - Polynésie qui se développent actuellement.
Autre alternative intéressante : la formation de greffeurs polynésiens à l'image du premier greffeur paumotu, M. Petero Tupana. Son taux de réussite a atteint 70 à 80 % de perles de culture rondes. Son parcours unique de greffeur montre la patience et la persévérance dont il faut faire preuve pour réussir. M. Tupana rappelle cependant en souriant que c'est pour cette raison, qu'il y a très peu de greffeurs locaux !
     
     
  Processus de réalisation des perles de Tahiti.    
       
  La richesse d'une perle de Tahiti s'obtient après de longs mois d'attente et d'investissement humain quotidien sur la ferme des perles, enfin obtenir ces bijoux naturels tous uniques.
L'épithélium nacrier de l'huître perlière croît et enveloppe le nucleus pour former le sac perlier. L'épithélium nacrier du greffon commence à sécréter un matériau noir organique, la conchyoline. Cette couche servira d'ancrage, de base, aux couches successives de nacre qui vont suivre, jusqu'à la récolte. Si ces couches successives de nacre sont répartie de façon homogène pendant les 18 mois suivant la greffe, il y a formation d'une perle de tahiti plus ou moins ronde, avec une couche de nacre supérieure à 1 mm d'épaisseur sur toute la périphérie.
  Les perles sont composées à plus de 90% d'aragonite pure. Si les perles de culture et les coquilles de nacre réagissent si différemment à la lumière, c'est simplement parce que la sécrétion se fait dans un cas de manière sphérique et dans l'autre de manière horizontale. Cet empilement de fines lamelles d'aragonite, environ un millier de couches sur une perle de Tahiti de qualité, permet à la lumière naturelle ou artificielle, de jouer ensuite avec ces microcristaux d'aragonite, et de déterminer ce que l'on appelle ''l'orient '' des perles de Tahiti.
     
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